Le Petit Café du Matin…

Championnat de France du 11 au 15 Février 2020 – Niort-

Mon petit café du matin.
Ma drogue… mon réveil matin
Celui qui m’ouvre les yeux en net
Et connecte mon esprit en grand… 
Mon meilleur ami, garant de ma minute d’éveil au monde 
au nouveau jour qui s’offre à moi.
La condition de mon opérationnalité optimale. 

Il est cinq heure…
Ce petit café du matin… O combien, j’en ai besoin… 
Mais pas aujourd’hui… Aujourd’hui, il m’est interdit.
Aujourd’hui c’est compétition.
Aujourd’hui c’est bêta bloquant…

Mon but : 
Passer coûte que coûte ces fichus départementaux pour arriver jusqu’aux régionaux 
Mon espoir : Y performer pour être sélectionnée aux Nationaux
Aujourd’hui nos mains se doivent sures, précises, 
exemptes du moindre tremblement de leurs muscles,
mon corps épargné du moindre tressaillement de mon cœur.
Je me veux dépourvue d’affect, sans aucun état d’âme.
Je me dois de m’automatiser dans les gestes, de me robotiser dans mon mental.

Mes yeux, je les rêverais bioniques !
Mon bras, je le souhaiterais mécanique !
Mon cerveau, informatique !

J’en suis consciente, Il en est ainsi pour nous tous, compétiteurs, en cet instant précis. 
Nous, si nombreux aujourd’hui, si docilement alignés sur ce pas de tir, 
notre intervalle entre compétiteurs mathématiquement calculé 
et également partagé afin d’avoir chacun notre petit espace vital.
Plus obéissants que des bambins de six ans, juste à peine moins bruyants que des maternelles.

Nous nous sourions, nous nous raillons, et nous nous jouons de nous encore quelques secondes
en vérifiant notre arme et en la déposant sagement sur la banque revêtue de moquette sale et poussiéreuse.
Aveuglés par tant de néons au plafond, nos rétines agressées par leur blancheur puissante et irrégulièrement diffuse, je profite de ces derniers bavardages légers et de ces échanges badins… 
Le silence nous sera trop vite imposé en quelques mots par les arbitres et en cœur nous nous tairons… Juste avant … 

Avant que nos amis de clubs des minutes précédentes ne deviennent nos adversaires en
une fraction de seconde, que nous oubliions tous ces moments magiques de partages. 
Avant que dans cette salle remplie de guerriers déterminés, la solitude impose sa loi… 
Avant de nous retrouver totalement seuls avec nous-même,
isolés des bruits du monde par nos casques ou nos oreillettes,
Avant que tout autour de nous, tout disparaisse,
que les autres deviennent invisibles à nos yeux,
que notre unique centre d’intérêt devienne le centre noir de sept centimètres
d’une modeste cible en carton postée à dix mètres de nous…
Juste avant le début de la compétition…
Juste avant l’ordre de Tir…

Puis soudain… 
Notre détermination se mettra en branle instantanément  
tels des gladiateurs dans l’arène avant leur ultime combat,
avec cette rage de combattre et de vaincre avec Force et Honneur.
Et moi, je tendrai à « Ne rien lâcher » et « Ne rien subir », 
mais sans oublier cependant, que tout ceci n’est qu’un jeu.

Sans mon café du matin dans mes veine pour me stimuler…
Avec dans mon sang un poison dopant plus puissant que la caféine : l’Adrénaline
Un excitant identique à celui de l’Amour : l’Ocytocine
Ces deux substances qui me rendent si vivante.

Alors, ce n’est pas grave…
Tant pis pour mon petit café du matin…
Je le prendrai demain !

Le 14 Février 2020, en ce jour de la St Valentin, l’année dernière, nous étions des dizaines à concourir dans la joie et la bonne humeur. Aujourd’hui, il ne me reste que « le petit café du matin »…

12 commentaires sur « Le Petit Café du Matin… »

  1. Belles illustrations verbale et visuelle, pour les compétitions, de tir dans ce cas.
    Ha ! Les sélections France, les championnats de France, les Inter-Régionaux aussi pour ceux qui ont connu et celles précédentes… Chaque compétition est un plaisir, un moment de partage et une remise en question personnelle. Souvenirs, souvenirs… Des maux et des mots, très bien exprimés, Angie.

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    1. Merci beaucoup Thibault, Je sais O combien tu connais cela, cet attrait des compétitions avec l’adrénaline. Ravie, donc, de te projeter sur le pas de tir, avec mes mots… Parce que pour l’heure, c’est tout ce qu’il nous reste n’est-ce pas ? LOL :):)

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    1. Merci beaucoup Marcek, de votre gentil retour sur ce texte libre, je suis contente qu’il vous ait plu… Et je sais, après avoir lu vos poèmes, que vous comprenez mieux que quiconque ce qui nous rend plus que vivant.
      Au plaisir de vous lire très bientôt, et d’échanger sur nos mots… Marcek ? N’hésitez-pas à vous lâcher ici, sur mon blog en me gratifiant de vos retours tout en vers ou en poésie. J’adore quand vous faites cela, vous le faites si bien ! LOL

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  2. Bon jour,
    Diantre, tout à fait intéressant de lire le mécanisme de cette concentration avant une compétition …

    Remarques : « … en la déposant sagement sur la banque revêtue de moquette sale et poussiéreuse… » le mot : banque, me laisse perplexe, vous pouvez préciser ?
    J’ai appris un mot : Ocytocine 🙂
    Max-Louis

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    1. Avec grand plaisir Max-Louis !
      La banque sur le pas de tir est comme la banque d’accueil, de n’importe qu’elle réception de magasin, ou autre… Regardez sur l’image, c’est la moquette verte qui accueille nos armes, les drapeaux de sécurité, nos munitions etc… Un endroit où l’on pose notre « fourbis ».
      (En même temps, il me viendrait bien une petite blague grâce à votre questionnement : C’est vrai que cela eut pu porter à confusion Banque/Armes ! LOL :):))
      Je suis ravie de vous avoir appris quelque chose et surtout de vous avoir interpellée par mes mots.
      Au plaisir, de vous intéresser à nouveau ici, et n’hésitez-pas, si vous avez d’autres questions.

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  3. Surprenant et mignon,
    La douce et jolie poètesse devenant soudain une amazone guerrière!!!
    Surprenant mais attachant.
    Sommes toutes le trip des armes à feu , c ‘est le fait des petits garçons , que les petites filles jalousent..Il leur est impossible de faire autrement ..Les gènes! vous comprenez ! ;^)
    Je rèvais aussi d ‘être un guerrier héroïque .
    Le fait d ‘avoir fait la guerre en2006 , au Liban, m’ a suffit pour la vie
    LOL ++

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    1. Cher Zeev,
      Je ne jalouse nullement les hommes, et « je ne suis pas devenue soudainement »… je suis née guerrière amazone en jupon… Je n’y peut rien. Ne vous en déplaise… LOL :):)
      Je grimpe aux arbres depuis ma tendre enfance, fait du skate board et du roler, et les sports de glisse sur neige ou mer, me procure l’adrénaline suffisante à ma bonne humeur. Et j’avoue, que je ne concoure pas uniquement au 10 mètres, mais également au 25m, ce qui inclut inévitablement le maniement de calibres plus gros et plus soufrés, et quelques médailles dont je suis fière (mais uniquement sur cible en carton ou gong) pas pour faire la guerre; LOL :):)
      Je comprend en effet, que votre expérience de 2006 puisse vous marquer à vie, et rien que pour cela, je loue le ciel de ne pas être un homme…
      Je garde mes jupes et mes talons, en toutes autres circonstances, être femme me sied à merveille.
      Et évidemment ma rhétorique et ma poésie.
      J’aime les Oxymores.
      Merci beaucoup de votre passage sur mon blog. A bientôt peut-être, si je ne vous ai pas fait trop peur… LOL :):)

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      1. Chère Angie,
        Le fait que vous soyez une mosaïque de contradictions rajoute à votre charme …
        Rien de plus triste que la logique parfaite et la cohérence totale ..
        L’important étant que vous ne detestiez pas l ‘ affreux macho incorrigible que je suis !!
        ;)))

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