Entre ses mains Je ne suis plus rien Du malléable argile qu’il détient De sa création sans frein Qu’il façonne selon son dessein Ma volonté se rebelle en vain.
Entre ses mains Je ne sais plus rien Des lignes qu’il dessine enfin Des vives couleurs qu’il peint Des règles qu’il suit ou qu’il enfreint Fusionnent le mal et le bien.
Entre ses mains Je ne vois plus rien Du monde alentour qui déteint Son regard d’orpailleur me retient Tout s’efface, j’oublie tout un chacun Et parfois même, d’où je viens.
Mes genoux, le soir, se souviennent toujours De nos fougueux élans d’amour du jour Endoloris, ils me rappellent que je fus tienne Leurs élancements empêchent qu’à l’oubli je parvienne
Mes yeux flous et encore de fatigue pailletés Me piquent de souvenirs comme nos fils sucrés Mes iris de leur trouée d’hier en métamorphose Se souviennent de leur transe et de notre osmose
De nos possessions et de nos hallucinations Nous restent toutes ces violentes colorations Multiples sensations dans nos âmes à jamais gravées Aux lendemains de toutes nos rencontres endiablées
En pleine vitesse, seule à la proue du navire Mon esprit subversif, inévitablement chavire Encore une autre photo graphiquement sulfureuse À la faveur d’une ombre qui dessine malicieuse Deux jarretières noires au-dessus de mes chaînes Mes jambes nues dans le vide vers Toi m’entraînent
Sans répits à me souvenir cette vision me condamne Me force à me rappeler nos étreintes et me damne Je ressens la chaleur du soleil brûlant sur ma peau En parallèle celle de ton corps en feu comme un étau Le souffle du vent marin emmêlant mes cheveux Celui pulsé doucement dans mon cou de ton air fiévreux
Au-dessus de la houle, en-dessous du vent, mon esprit plane À l’ombre de nos corps entremêlés et de nos deux âmes Cette ligne symbolique partageant pour moitié en bague Mes libres balancements survolant les vagues Capture mes yeux, et mon imagination fertile divague De nos amours troublants, la vision de nous deux me nargue
Juste au-dessus de moi pour témoin ce ciel si grand, si haut Juste en-dessous de cette ligne le trouble des eaux Juste au-dessus d’elle le trouble de l’O
Que je l’attende de toute mon âme Marine ce jeu Quand du drapeau blanc, en Persan on interlude l’enjeu Qu’une trêve Bleu Nuit s’immisce entre nous deux Le quotidien Gris se pare de Céleste, se déguise un peu
Il se pourrait bien qu’elle existe l’heure bleue…
Quand mon Outremer se noie dans l’Azur de tes yeux Qu’ils osent se fondre au Ciel des miens en camaïeux Que ton sourire me parle en Cyan du merveilleux Propice, cette fenêtre Lavande nous envole aux cieux
Il se pourrait bien qu’elle existe l’heure bleue…
Qu’en Roy, tu l’attendes de tout ton cœur ce jeu Quand ton âme précieuse, Émeraude ou Saphir se veut Alors, le Cobalt de tes mains de chimiste vire au feu Enflamme nos peaux, du Pétrole des désirs impérieux
Je rêve que ce soir elle existe l’heure bleue…
Qu’à l’Horizon de ma porte, elle frappe et insiste un peu De ses pinceaux Électriques me dépeigne les cheveux A l’ombre de nos jardins Bleu Majorelle luxurieux Qu’elle me déshabille en cinquante nuances de bleu
Je veux que ce soir elle m’invite l’heure bleue…
Qu’en Turquoise tes mains subliment l’outrageux En Céruléen, effleurent et visitent tous mes lieux Que ton royaume de Prusse m’investisse en Bleu Qu’en Hussard tu assailles mes reins d’orages houleux
Oui… Pourvu que ce soir elle m’invite l’heure bleue !
Que nos deux êtres se colorent en Méthylène prodigieux D’étranges mélanges d’eaux et de feux en pigments fabuleux Monochromie osmotique de nos corps Indigo fiévreux O ! Délicieux délires KLEIN en cinquante nuances de bleus !
Cinquante nuances de bleus : Ci-dessus, détaillés tous les Bleus mentionnés : Marine, Persan, Nuit, Outremer, Azur, Ciel, Cyan, Cobalt, Roy, Émeraude, Saphir, Bleu Gris, Céleste, Pétrole, Horizon, Électrique, Turquoise, Céruléen, De Prusse, Hussard, Bleu Majorelle, Méthylène, Indigo, Bleu KLEIN.
Laissez-moi brûler l’enfer Qui me nargue sur mon chemin Dans mes ciels de traine à l’envers Ses torches de vapeur en dessin
Laissez-moi respirer l’éther Et conserver l’amour volatile De nos souffles asphyxiés dans l’air En bouche à bouche pulsatile
Laissons-nous encor respirer l’enfer Rougeoyant nos yeux aux reflets déments Laissons-nous toujours brûler l’éther En corps à corps de nos embrasements
Une nuée de lucioles projetée à l’envolée Se détache du ciel ce soir d’un noir complet Enflammé soudain de Rubis et d’Agathe pailleté De cristaux de Rutile comme d’or enluminés
Naissent des roses des sables dorées imaginées d’un rien Par le génie et la magie artistique du pyrotechnicien J’oublie que Satan m’envoie de son enfer en arrière-plan Quelques vapeurs d’un rose rouge incandescent
Devant la scène, mes yeux émerveillés par leurs jets Toutes ces explosions soufrées si délicatement dessinées Touchent mon cœur par le manque de toi brûlé Elles résonnent à mes oreilles d’une étrange vérité
Et je me souviens, en suivant leurs étincelles des yeux De notre amour passionné, de nos fusions de feu De notre collecte d’orpailleurs, de nos mines d’or dynamitées De nos âmes diaboliques, de notre passion d’artificiers.
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